Les chiffres du CPI de février 2026
Le Bureau of Labor Statistics a publié jeudi 12 mars le rapport sur l'indice des prix à la consommation (CPI) de février 2026. Les données confirment l'inquiétude du marché : l'inflation repart légèrement à la hausse, principalement poussée par l'énergie.
Résultats vs consensus :
| Indicateur | Résultat | Consensus | Précédent |
|------------|---------|-----------|-----------|
| CPI mensuel (MoM) | +0,5 % | +0,4 % | +0,3 % |
| CPI annuel (YoY) | 3,1 % | 3,0 % | 2,9 % |
| Core CPI (MoM) | +0,4 % | +0,3 % | +0,3 % |
| Core CPI (YoY) | 3,4 % | 3,3 % | 3,3 % |
Décomposition sectorielle :
Énergie : +3,2 % MoM (pétrole +8 % suite à la crise iranienne)
Alimentation : +0,4 % MoM (hausse des transports de marchandises)
Logement : +0,3 % MoM (stabilisation)
Services hors logement : +0,5 % MoM (collants)
Biens durables : -0,2 % MoM (déflation continue)
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La lecture du rapport : guerre et inflation
L'effet Iran-Ormuz sur l'inflation
Le principal responsable de ce rebond est l'énergie. La crise géopolitique qui a éclaté le 3 mars avec la fermeture partielle du détroit d'Ormuz a provoqué un spike du Brent de ~80 $ à ~91 $. Ce mouvement de prix, même s'il a partiellement reflué, s'est immédiatement transmis à l'essence et aux coûts de transport.
Résultat : le composant énergie du CPI ajoute environ +0,2 points de pourcentage à l'inflation de février — entièrement imputable au choc géopolitique.
L'inflation core reste collante
Le Core CPI à 3,4 % (hors énergie et alimentation) est la vraie mauvaise nouvelle. Il remonte pour la première fois depuis août 2025, poussé par :
Les services (restaurants, voyages, santé) qui continuent d'afficher une inflation élevée
La pression salariale : les salaires ont progressé de +4,1 % sur un an (NFP février) — supérieur à l'inflation, mais qui se répercute sur les coûts des services
Ce que cela ne signifie pas
Ce rapport ne signifie pas le retour d'une spirale inflationniste à la 2022. Les conditions sont fondamentalement différentes : la chaîne d'approvisionnement mondiale fonctionne, le marché du travail ralentit progressivement, et la demande de crédit baisse.
Il s'agit d'un choc temporaire lié à la géopolitique, similaire à ce qu'on a observé après chaque grand choc pétrolier des 50 dernières années.
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Réaction des marchés (13h30-18h00 GMT)
Dollar (DXY) : Spike immédiat de 103,80 → 104,60 dans les 5 premières minutes. Puis recalibrage vers 104,30 en fin de session. Les marchés price maintenant
0 baisse de taux Fed en 2026 (contre 1 baisse il y a une semaine).
Or (XAU/USD) : Réaction paradoxale — d'abord baisse de 3 078 $ → 3 042 $ (pression du dollar fort), puis fort rebond vers 3 095 $ en fin de journée. L'or joue simultanément son rôle de hedge inflationniste et de refuge géopolitique — les deux facteurs sont haussiers à moyen terme.
S&P 500 : Ouverture en forte baisse (-1,4 %), puis rebond partiel pour clôturer à -0,7 %. La peur d'une Fed plus hawkish pèse sur les valorisations des tech (duration élevée = plus sensibles aux taux).
EUR/USD : Baisse de 1,0618 → 1,0548 sur force du dollar. Rupture temporaire du support à 1,0580, mais pas de clôture sous ce niveau.
Bons du Trésor 10 ans : Rendement monte de 4,34 % → 4,48 % — plus haut depuis début décembre 2025. Pression sur les obligations.
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Implications pour la réunion Fed du 17 mars
Ce CPI va compliquer la tâche de la Fed la semaine prochaine. Rappel : la réunion FOMC est lundi 17 mars (décision à 20h GMT, conférence de presse Powell à 20h30).
Ce que le marché prix désormais (futures Fed Funds) :
Mars 2026 : 0 % de probabilité de baisse (vs 5 % avant)
Mai 2026 : 8 % de probabilité de baisse
Septembre 2026 : 42 % de probabilité (première baisse)
Décembre 2026 : 68 % de probabilité d'au moins 1 baisse
Le dilemme de Powell :
Monter les taux ? Non — la croissance ralentit à cause de la guerre et des tarifs
Baisser les taux ? Non — l'inflation repart
Statu quo + discours hawkish ? C'est la piste la plus probable
Notre scénario pour la Fed : Taux inchangés à 4,25-4,50 %, dot plot révisé à 1 seule baisse en 2026 (contre 2 en décembre), Powell souligne que la Fed est "data dependent" mais attentive à la "transition géopolitique".
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Stratégie de trading post-CPI
Or : le rebond est un signal fort
Le comportement de l'or post-CPI est très haussier. Baisser de 3 078 $ à 3 042 $ puis rebondir à 3 095 $ le même jour en réponse à un CPI chaud = signe de force exceptionnelle.
Setup haussier or :
Entrée : retrace vers 3 060-3 070 $
Stop : sous 3 020 $
Objectif 1 : 3 120 $
Objectif 2 : 3 150 $
R:R : 1:2,5
EUR/USD : prudence avant la Fed
Le passage sous 1,0580 est négatif à court terme. Mais le support 1,0520-1,0540 devrait tenir avant la Fed. Mieux vaut attendre la décision de la Fed avant de prendre position directionnelle.
S&P 500 : surveiller 5 400
La clôture à -0,7 % maintient le S&P dans sa zone de danger. Un retour sous 5 400 ouvrirait la porte vers 5 250 (support majeur). Ne pas aller long agressivement sur les indices avant la Fed.
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Conclusion : un CPI chaud mais gérable
Ce CPI de 3,1 % est une mauvaise surprise, mais pas une catastrophe. L'essentiel de la remontée s'explique par la crise géopolitique — un choc externe et potentiellement temporaire. Si le pétrole se stabilise ou recule, l'inflation devrait se calmer dans les prochains mois.
Le vrai risque serait une deuxième hausse consécutive du core CPI en mars. Rendez-vous le 10 avril pour le CPI de mars 2026.
> Pour les traders : gardez l'œil sur la réunion Fed de lundi 17 mars. C'est elle qui va fixer le ton du marché pour le reste du mois.