En l'espace de neuf jours, quatre grandes banques centrales ont pris position. La BCE a relevé ses taux le 10 septembre, la Fed le 16, la Banque d'Angleterre a maintenu les siens le 17 au terme d'un vote partagé, et la Banque du Japon a relevé son taux le 18, au plus haut depuis 1995. Pour les traders forex, l'essentiel n'est pas chaque décision prise isolément, mais l'écart entre elles — et sur ce terrain, le yen et la livre racontent deux histoires inattendues. Analyse arrêtée au 22 septembre 2026.
Le tableau d'ensemble
BCE (10 septembre) : hausse de 25 pb, taux de dépôt à 2,50 %, vote unanime
Fed (16 septembre) : hausse de 25 pb, à 3,75 %-4,00 %, vote unanime (12-0)
Banque d'Angleterre (17 septembre) : statu quo à 3,75 %, vote 6-3
Banque du Japon (18 septembre) : hausse de 25 pb, à 1,25 %, vote 7-2
Le fil conducteur est le même partout : le conflit au Moyen-Orient pousse les prix de l'énergie à la hausse, et les banques centrales craignent que ce choc se diffuse au reste de l'économie. La différence tient au degré de conviction de chacune — et c'est ce degré de conviction que les devises intègrent.
Banque du Japon : une hausse historique… et un yen en baisse
C'est le paradoxe de la semaine. La Banque du Japon a relevé son taux directeur de 25 points de base à 1,25 %, son plus haut niveau depuis 1995. Elle a justifié sa décision par le risque de voir l'inflation dépasser durablement sa cible de 2 %.
Et pourtant, le yen a baissé.
L'explication tient en deux éléments :
Le vote était divisé. Deux membres du conseil,
Toichiro Asada et
Ayano Sato, se sont opposés à la hausse. Un vote à 7 contre 2 sur une décision déjà attendue par près de 90 % des économistes interrogés par CNBC signale que les prochaines hausses seront beaucoup plus difficiles à faire passer.
Le gouverneur a déçu. Lors de sa conférence de presse,
Kazuo Ueda a tenu un discours moins restrictif que ce que les investisseurs espéraient, et envoyé des signaux ambigus sur la suite.
C'est une illustration parfaite d'un principe fondamental du forex : une devise réagit à la surprise, pas à la décision. Une hausse attendue, assortie d'indices de pause, est lue comme une mauvaise nouvelle pour la devise.
Ce contexte compte beaucoup pour une stratégie en particulier : le carry trade, qui consiste à emprunter en yen pour placer dans des devises mieux rémunérées. Un yen qui s'affaiblit malgré la hausse des taux japonais maintient l'attrait de ces positions — mais chaque hausse de la BoJ réduit un peu le différentiel qui les rend rentables. Le mécanisme et ses risques sont détaillés dans notre guide du carry trade.
Rappelons que début septembre, le yen avait touché un plus haut d'un mois en séance, sur fond de spéculations autour d'une intervention des autorités japonaises. Le risque d'intervention reste un facteur à garder en tête pour toute position vendeuse sur la devise.
Banque d'Angleterre : le statu quo le plus fragile
La Banque d'Angleterre a maintenu son taux à 3,75 %, mais le vote de 6 contre 3 en dit long. Trois membres — Huw Pill, Catherine Mann et Megan Greene — ont voté pour une hausse à 4 %.
Le diagnostic de l'institution est sans ambiguïté :
l'inflation britannique a progressé à 3,1 % en août ;
la BoE s'attend à ce qu'elle atteigne environ 3,75 % au quatrième trimestre 2026 ;
puis légèrement plus de 4 % début 2027.
Une banque centrale qui prévoit une accélération de l'inflation vers 4 % et qui ne bouge pas encore, c'est une banque centrale qui se prépare à agir. Les marchés anticipent d'ailleurs une hausse en novembre ou en décembre ; la prochaine réunion est fixée au 5 novembre 2026.
Pour la livre sterling, cette configuration est ambivalente. D'un côté, un statu quo quand la Fed et la BCE resserrent réduit le différentiel en défaveur de la livre à court terme. De l'autre, un vote à 6-3 avec des prévisions d'inflation en hausse rend une hausse future très probable. La paire GBP/USD devient ainsi très sensible à chaque publication d'inflation britannique.
Qui resserre le plus vite ? Le classement qui compte
Fed : a monté et prévoit au moins une hausse de plus, avec un comité unanime — le plus déterminé.
BCE : deux hausses depuis le début du conflit, vote unanime, mais aucun engagement pour la suite.
Banque d'Angleterre : pas encore bougé, mais un tiers du comité le réclame — la prochaine à agir.
Banque du Japon : a monté, mais avec des dissidences et un gouverneur prudent — la plus hésitante.
Cette hiérarchie explique en grande partie les mouvements récents : un dollar soutenu par une Fed résolue, un yen pénalisé par une BoJ perçue comme timorée malgré sa hausse.
Elle n'est cependant pas figée. Elle dépend de données — inflation, emploi — qui peuvent la bouleverser en une publication.
Les pièges de lecture à éviter
Confondre niveau et direction. Le taux japonais à 1,25 % reste très inférieur au taux américain. Mais ce qui déplace l'USD/JPY, c'est la variation attendue de l'écart, pas l'écart lui-même.
Lire la décision sans le vote. Les deux décisions les plus instructives de la semaine — BoJ et BoE — l'ont été par leurs dissidences, pas par leur décision.
Oublier les corrélations. Vendre le yen contre le dollar, l'euro et la livre en même temps, ce n'est pas trois positions : c'est un seul pari sur le yen, en triple taille. Voir notre article sur les
corrélations entre paires.
Négliger le pétrole. Toutes ces décisions ont été motivées par l'énergie. Un reflux durable du brut, qui est revenu autour de 100 dollars pour le Brent après avoir touché 110, changerait l'équation pour toutes les banques centrales à la fois.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochaines semaines
1. L'inflation britannique : chaque publication peut accélérer la hausse attendue de la BoE.
2. Les déclarations des membres de la BoJ : elles diront si les deux dissidences reflètent une minorité isolée ou un courant qui grandit.
3. Le CPI américain du 14 octobre : il départagera la Fed, qui prévoit une hausse supplémentaire, et le marché, qui en envisage deux.
4. Le risque d'intervention au Japon : un yen trop faible peut déclencher une action des autorités, avec des mouvements très brutaux sur l'USD/JPY.
Les données citées sont arrêtées au 22 septembre 2026 et ne constituent pas un conseil en investissement. Le trading sur le forex avec effet de levier comporte un risque de perte en capital.