La Réserve fédérale se réunit mardi 15 et mercredi 16 septembre 2026, et pour la première fois depuis l'arrivée de Kevin Warsh à sa tête, le marché ne se demande plus si elle va agir, mais comment elle va le justifier. Après un CPI d'août plus chaud qu'attendu sur sa composante sous-jacente, l'outil FedWatch du CME attribue environ 87 % de probabilité à une hausse de 25 points de base. Voici les chiffres qui ont fait basculer les anticipations, et ce qu'il faut surveiller mercredi soir. Situation arrêtée au 14 septembre 2026.
Le CPI d'août a refermé la porte
L'indice des prix à la consommation publié le vendredi 11 septembre était la dernière statistique d'inflation avant la réunion. Ses chiffres :
Inflation globale : +0,4 % sur le mois, après +0,1 % en juillet, soit 3,4 % sur un an
Inflation sous-jacente : +0,3 % sur le mois, contre +0,2 % attendu, soit 2,4 % sur un an
Essence : +3,9 % sur le mois, responsable à elle seule de plus d'un tiers de la hausse globale
Le titre à +0,4 % était anticipé : la hausse de l'énergie était connue. Le vrai signal est venu du cœur de l'indice. Un core CPI supérieur d'un dixième au consensus paraît anodin, mais c'est précisément la composante que la Fed considère comme la moins bruitée. Sur un an, le core ralentit légèrement, de 2,5 % à 2,4 % — mais la dynamique mensuelle, elle, accélère.
Pour une banque centrale qui cherche à savoir si le choc pétrolier se diffuse au reste de l'économie, c'est exactement le mauvais signal : l'énergie ne reste plus cantonnée à l'énergie.
La réaction des marchés : obligations d'un côté, actions de l'autre
La séance du 11 septembre a de nouveau montré deux marchés qui ne racontent pas la même histoire.
Côté obligataire, le message est limpide. Le 2 ans américain a terminé la semaine autour de 4,65 %, au plus haut depuis deux ans. Le 10 ans a touché environ 4,975 % en séance, son plus haut niveau intraday depuis octobre 2023. Pour mémoire, le 2 ans évoluait à 4,31 % juste après le discours de Warsh à Jackson Hole fin août : le marché a ajouté plus de 30 points de base d'anticipations de resserrement en deux semaines.
Côté actions, la lecture est inverse. Le S&P 500 a progressé de 0,86 %, mettant fin à une série de quatre séances de baisse. Le Dow Jones a gagné 509 points et le Nasdaq 0,96 %. Le soulagement est venu du pétrole, qui reculait ce matin-là après une semaine de flambée : le marché actions a jugé que le repli du brut comptait davantage qu'une inflation collante.
Ce décalage n'est pas durable. Soit les taux se détendent, soit les actions finiront par intégrer le coût du crédit.
Pourquoi une hausse paraît quasi acquise
Trois éléments convergent désormais dans le même sens :
L'emploi ne freine plus la Fed. Le rapport du 4 septembre a livré
162 000 créations de postes contre 53 000 attendues, avec un chômage stable à 4,1 %. Le volet emploi du double mandat ne réclame aucun soutien — nous le détaillions dans notre
analyse du NFP d'août.
L'inflation sous-jacente résiste. Le core CPI d'août montre que le choc énergétique commence à se diffuser.
Le président a préparé le terrain. À Jackson Hole, le 28 août, Kevin Warsh avait prévenu que les bons chiffres d'inflation de l'été ne signifiaient pas une amélioration réelle des tendances de fond.
À cela s'ajoute un contexte international : la BCE a relevé ses taux dès le 10 septembre, pour la deuxième fois depuis le début du conflit iranien. La Fed ne serait donc pas isolée.
Si la hausse est confirmée, la fourchette des Fed Funds passerait de 3,50 %-3,75 % à 3,75 %-4,00 %. Ce serait la première hausse sous la présidence de Kevin Warsh, après cinq réunions consécutives de statu quo.
Ce qui comptera vraiment mercredi
Avec 87 % de probabilité intégrée, la décision elle-même ne fera probablement pas bouger le marché. Une hausse est dans les prix. C'est tout le reste qui compte.
Le vote. En juillet, trois membres avaient voté contre le statu quo en réclamant plus de fermeté. Un vote unanime donnerait l'image d'une Fed alignée. Des dissidences dans l'autre sens — des membres opposés à la hausse — signaleraient que le cycle pourrait être court.
Le communiqué. La formulation sur les « ajustements futurs » dira si cette hausse est présentée comme un geste isolé ou comme le début d'une séquence. Le marché anticipait jusqu'ici une seconde hausse en décembre.
Les projections économiques. La réunion de septembre s'accompagne traditionnellement de projections actualisées des membres du comité. Kevin Warsh ayant publiquement exprimé son scepticisme envers la communication par prévisions — qui « fonctionne mieux en théorie qu'en pratique », selon ses mots à Jackson Hole —, la façon dont ces projections seront présentées et commentées sera scrutée.
La conférence de presse. C'est souvent là que le mouvement se fait. Le ton du président sur l'énergie — choc transitoire ou menace durable — conditionnera la réaction des taux longs.
Les scénarios pour les marchés
Hausse de 25 pb, ton mesuré (scénario central) : réaction limitée, le mouvement se jouant sur les détails du communiqué. Possible détente des taux si la Fed laisse entendre une pause ensuite.
Hausse de 25 pb, ton offensif : les taux courts poursuivent leur hausse, le dollar se renforce, les valeurs technologiques et les actifs sans rendement — or et Bitcoin — sont sous pression.
Statu quo (environ 13 %) : surprise majeure. Rebond immédiat des actions, mais risque de voir les taux longs monter sur un doute quant à la crédibilité anti-inflation de la Fed.
Le troisième scénario illustre un piège fréquent : une décision perçue comme trop accommodante peut faire monter les rendements longs au lieu de les baisser.
Comment préparer la séance de mercredi
La décision tombe à 20 heures, heure de Paris, suivie de la conférence de presse une demi-heure plus tard. Quelques principes :
1. Ne pas parier sur la décision. Elle est déjà dans les prix : la position « hausse » n'offre pratiquement aucun avantage.
2. Attendre la conférence de presse. Le premier mouvement, à la publication du communiqué, est souvent contredit pendant la conférence.
3. Anticiper les spreads. Ils s'élargissent fortement à 20 heures, sur le forex comme sur les indices. Les ordres stop peuvent être exécutés loin de leur niveau.
4. Réduire la taille. Notre guide de gestion du risque rappelle qu'à risque constant, une volatilité attendue plus forte impose une position plus petite.
Les chiffres cités sont arrêtés au 14 septembre 2026 ; les probabilités de marché évoluent en continu et ne constituent pas une prévision. Cet article ne constitue pas un conseil en investissement. Le trading avec effet de levier comporte un risque de perte en capital.