Le secteur le plus performant de ce début d'année
Pendant que le S&P 500 corrigeait de 10 %, que Bitcoin perdait 20 % depuis ses sommets et que les valeurs tech américaines souffraient de la rotation sectorielle, les actions de défense européenne ont vécu un bull run historique.
En une semaine (25 fév - 3 mars), les principales valeurs ont affiché :
Rheinmetall (RHM) : +34,2 %
Thales (HO) : +22,8 %
BAE Systems (BA) : +18,5 %
Leonardo (LDO) : +27,1 %
KNDS (Nexter + KMW) : +31,4 %
Indra Sistemas (IDR) : +19,3 %
Ce n'est pas un momentum spéculatif. C'est une révolution structurelle dans la politique de défense européenne.
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Le contexte : pourquoi l'Europe se réarme massivement
L'évolution de la doctrine
Pendant 35 ans après la chute du mur de Berlin, l'Europe a "profité du dividende de la paix" : réduction des dépenses militaires, fermeture d'usines d'armement, démantèlement des stocks. L'OTAN, et surtout les États-Unis, garantissaient la sécurité.
Trois événements ont changé la donne :
1. L'invasion de l'Ukraine (2022) : réveillé les esprits sur la réalité de la guerre en Europe
2. La remise en question de l'engagement US sous Trump : "Vous ne payez pas 2 % du PIB, vous vous débrouillez"
3. Le clash Trump-Zelensky du 28 février 2026 : moment symbolique qui a confirmé que l'Europe ne peut plus compter sur Washington
Le plan à 800 milliards d'euros
Le plan présenté par la Commission Européenne le 4 mars 2026 est le plus ambitieux de l'histoire de l'UE :
500 milliards de financement commun (obligations européennes de défense)
300 milliards de budgets nationaux supplémentaires
Objectif : 3,5 % du PIB en dépenses de défense d'ici 2030 (vs 1,8 % en moyenne en 2025)
Focus : munitions, systèmes de défense aérienne, drones, cyber
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Analyse des principales valeurs
Rheinmetall (RHM) — L'armurerie de l'Europe
Secteur : Véhicules blindés, systèmes d'armes, munitions
Capitalisation : ~42 milliards d'euros (post-hausse)
Carnet de commandes : 52 milliards d'euros (record absolu)
Rheinmetall est le grand bénéficiaire du réarmement. Leader européen des munitions d'artillerie (obus de 155mm dont l'Ukraine avait besoin), des véhicules blindés Lynx et des systèmes anti-drone, la société a vu son carnet de commandes tripler en 3 ans.
Valorisation actuelle : P/E 35x — élevé mais justifié par la visibilité à long terme.
Résistance graphique : 980 € (proche des sommets)
Support : 820-840 € (zone d'achat sur retrace)
Thales (HO) — L'électronique de défense et le spatial
Secteur : Systèmes électroniques, défense aérienne, espace, cyber
Capitalisation : ~38 milliards d'euros
Dividende : 1,8 % (croissance annuelle +15 %)
Thales est plus diversifié (50 % défense, 50 % civil) ce qui lui donne une certaine résilience. Ses systèmes SAMP/T (défense sol-air) et ses radars de surveillance sont en forte demande.
Atout différenciant : position dans le spatial commercial et le cloud souverain européen (Thales Alenia Space).
Résistance graphique : 205 € (ATH)
Support : 178-182 € (zone de retrace idéale)
BAE Systems (BA) — Le géant britannique
Secteur : Chasseurs (Typhoon, F-35), frégates, sous-marins, systèmes électroniques
Capitalisation : 48 milliards de livres
Dividende : 2,1 %
BAE Systems est le plus grand groupe de défense européen en capitalisation. Sa position sur le programme F-35 lui assure des revenus récurrents sur 30 ans. Côté risque : l'exposition au Royaume-Uni (post-Brexit, accords bilatéraux complexes).
Atout : partenariats avec les US (accès aux contrats OTAN)
Résistance graphique : 1 380 GBp
Support : 1 220-1 240 GBp
Leonardo (LDO) — Le champion italien discret
Secteur : Hélicoptères (Leonardo), radars, avionique, systèmes de contrôle
Capitalisation : 15 milliards d'euros
Moins connu du grand public, Leonardo est pourtant le leader mondial des hélicoptères militaires et civils et un acteur majeur des radars de défense aérienne. Valorisation encore raisonnable.
Support : 28,50-29 € (intéressant sur retrace)
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Stratégies de trading pour les valeurs défense
Approche 1 : Buy & Hold (long terme)
Pour les investisseurs croyant à la thèse de fond du réarmement européen sur 5-10 ans.
Actifs : Rheinmetall, Thales, BAE Systems + ETF
ETO : iShares MSCI Europe Industrials ETF ou
Invesco Defense ETF
Allocation : 5-15 % du portefeuille
Horizon : 2-5 ans
Risque : révision des budgets, accord de paix soudain
Approche 2 : Trading du momentum (court terme)
Pour les traders profitant du momentum actuel, avec gestion du risque stricte.
Entrée : sur retrace de 10-15 % des hausses récentes
Stop : sous les niveaux pré-annonce réarmement
Objectif : retour vers les ATH
Taille : réduire de 40% par rapport à une position normale
Timing : les retracks sur les valeurs de défense après un gros catalyseur durent généralement 1-3 semaines avant reprise.
Approche 3 : ETF défense européenne
Moins risqué que les actions individuelles, permet d'avoir une exposition diversifiée.
VanEck Defense UCITS ETF (DFNG) : couvre les entreprises de défense mondiales
HANetf Future of Defence UCITS ETF (ASWC) : focus OTAN
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Les risques à surveiller
Risque de valorisation : Après +20-35 % en une semaine, les valorisations sont étirées. Un P/E de 35x pour Rheinmetall implique une croissance soutenue pendant plusieurs années — possible, mais pas garanti.
Risque politique : Un accord de paix en Ukraine ou une désescalade au Moyen-Orient pourrait provoquer une rotation sectorielle rapide.
Risque d'exécution : Les budgets de défense sont votés mais l'argent prend du temps à arriver aux industriels. Les carnets de commandes gonflent mais la conversion en revenus prend 2-4 ans.
Risque de change : Pour les titres britanniques (BAE), la livre sterling joue un rôle.
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Ce qu'en pensent les analystes
Au 5 mars 2026, les révisions de cibles de cours sont nombreuses :
Rheinmetall : Goldman Sachs relève à 1 100 € (soit +12 % vs cours actuel)
Thales : JP Morgan conserve sa cible à 210 € (neutre après la hausse)
BAE Systems : Deutsche Bank porte à 1 450 GBp (haussier)
Leonardo : UBS initie à l'achat avec cible 34 €
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Conclusion : une thèse d'investissement solide mais à ne pas surpayer
Le réarmement européen est une tendance de fond qui va durer des années. Les entreprises européennes de défense ont les carnets de commandes, les savoir-faire et maintenant les financements publics.
Mais en trading, payer le bon prix reste essentiel. Après des hausses de 20-35 % en une semaine, la prudence s'impose. La bonne stratégie n'est pas d'acheter maintenant par FOMO, mais d'attendre les corrections pour entrer sur des bases saines.
L'histoire des grandes tendances sectorielles (énergie verte en 2020-2021, IA en 2023-2024) montre que les meilleurs points d'entrée viennent après les premiers enthousiasmes, quand les premiers acheteurs prennent leurs profits.